Mme Caulfield et Kathleen attendaient paisiblement dans l’élégante victoria, qu’un jour par semaine une des amies de Mme Caulfield mettait à sa disposition, lui donnant ainsi l’occasion de faire ses visites dans les conditions les plus agréables. Sans en avoir l’air, les deux femmes avaient inspecté d’un coup d’œil la façade fleurie de la maison, les stores neufs et irréprochables, l’air de netteté et de solidité des grilles encadrant le sous-sol, l’étincelante blancheur des marches d’approche, le personnel imposant groupé en arrière de la porte laissée ouverte pendant qu’on allait s’enquérir, tout avait le meilleur air, et lorsque le valet de pied, ayant reçu la réponse, revint rapidement vers la voiture et la transmit affirmative, Mme Caulfield et Kathleen descendirent enchantées d’avance de leur visite.

Mme Hurstmonceaux ne les fit pas languir ; le temps de s’aviver un peu les pommettes, d’ajouter quelques bijoux supplémentaires à ceux qui ornaient déjà sa personne, et elle parut, suivie de Sylvaine.

Mme Hurstmonceaux se montra pleine d’aisance. Comment aurait-elle pu ne pas l’être dans un pareil cadre ?

— Si contente de vous voir, madame Caulfield, dit-elle ; et le colonel sera très heureux de votre visite. Et votre jolie fille ? tendant les deux mains à Kathleen.

Mme Caulfield répondit tout comme si on avait coutume de se voir :

— Comment va ce cher Robert, aujourd’hui ?

— Médiocrement, très médiocrement, je suis fâchée de le dire. Et vous-même, chère madame Caulfield ? ma nièce m’avait appris que vous étiez souffrante.

— Merci, je suis un peu mieux, c’est pourquoi j’ai pu venir. Je désire que Sylvaine et Kathleen se voient beaucoup, si vous le permettez.

— Ce sera charmant, tout à fait charmant, répondit Mme Hurstmonceaux débordant de satisfaction. Un vieux ménage comme nous n’a pas eu beaucoup de jeunesse à offrir à cette chère enfant. J’adore la jeunesse ; j’aime à la voir s’amuser, se distraire. Sylvaine est trop sérieuse, trop grave.

— Ce sont les circonstances, dit doucement Mme Caulfield.