S’entendre appeler Mlle Sylvaine, que le son en fut doux à la jeune créature ! Elle jeta ses bras au cou de Pauline et l’embrassa en riant.

— Oui, Pauline, c’est moi.

L’autre demeurait ahurie, presque effrayée de cette apparition soudaine. Est-ce que les Anglais lui auraient fait des malheurs ? Est-ce qu’elle se serait sauvée ? Enfin elle trouva la parole.

— Et, bon Dieu ! ma chère demoiselle, qu’est-ce qu’il est arrivé ?

— Rien, Pauline, je suis venue avec une amie passer huit jours à Paris.

— Alors, vous repartez dans huit jours ?

— N’y pensons pas. Et puis, Pauline, il faudra venir me voir ; mon oncle et ma tante sont très bons, ils seront enchantés, j’en suis sûre.

— Mon Dieu ! mon Dieu, vivre en pays étranger ! Enfin, ma chère mademoiselle, vous allez bien ; et ce pauvre monsieur, le frère de madame, qui a eu une attaque, comment qu’il est à cette heure ? Il y a une dame au 26 qui a eu une attaque, il y a quinze jours ; ça l’a tenue quarante-huit heures, et puis elle est morte. C’est une dame dont j’avais souvent parlé à pauvre madame.

— Oh ! Pauline, je m’ennuie tant de ma grand’mère ! — Et des larmes brûlantes et pressées coulèrent sur les joues de Sylvaine. — Mon oncle m’en parlait, mais maintenant il est comme mort.

— Eh bien ! en voilà une vie pour vous, ma chère demoiselle. Et qu’est-ce qu’il dit, M. Gardonne ?