A son tour il l’embrassa, mais d’un mouvement insensible elle éloigna sa joue ; il pensa que la présence de Mme Caulfield et de Kathleen la gênait, et il n’insista pas. Pour le quart d’heure, la politesse requérait un air lugubre ; plus tard il prendrait sa revanche.
Mme Caulfield se mit en frais pour M. Gardonne ; elle redoutait un entretien confidentiel. Il était fort difficile de ne parler qu’incidemment de Mme Hurstmonceaux ; cependant elle y parvint, donnant cours à une curiosité inquiète des mouvements et des impressions de M. Gardonne, le questionnant sur ce qu’il pensait de Londres, l’interrogeant sur Escalquens, montrant une loquacité qui flattait infiniment son interlocuteur. Mais enfin il y eut une pause, et M. Gardonne, revenant à son idée dominante, se tourna vers Sylvaine qui écoutait en silence laissant Albéric causer bas avec Kathleen, et lui demanda :
— Tu dois être bien tourmentée, Sylvaine, de cette excellente Mme Hurstmonceaux ?
Sylvaine rougit, mais ne broncha pas.
M. Gardonne ouvrit des yeux étonnés, attendant la réponse. Mme Caulfield intervint avec quelque embarras :
— Mme Hurstmonceaux n’a pas bien agi vis-à-vis de Sylvaine.
— Qu’est-ce que vous m’apprenez là ? cria l’impétueux M. Gardonne, bondissant sur sa chaise.
— Kathleen, emmenez Sylvaine et votre cousin ; je souhaite dire un mot en particulier à M. Gardonne.
Kathleen se leva en donnant un regard d’avertissement à sa mère ; puis les jeunes gens sortirent, et, à la surprise d’Albéric, Sylvaine, au lieu de descendre comme il s’y attendait, tourna l’escalier et monta à l’étage supérieur. Il l’appela, mais elle ne parut pas y faire attention.
— Laissez, elle est fatiguée, dit Kathleen ; elle nous rejoindra tout à l’heure.