— Ah ! voilà une bonne parole. Père veut que tu reviennes avec nous.

— Je causerai avec mon tuteur.

— Ton tuteur ! Voyons, qu’as-tu contre moi, Sylvaine ? Parle, gronde-moi. Quelqu’un m’a nui dans ton esprit. Qu’est-ce qu’on t’a dit contre moi ? Ce sont des jaloux qui ont menti, tu peux être sûre.

Il était si évidemment de bonne foi que Sylvaine le regarda avec une sorte d’effarement. Il en eut conscience et ajouta :

— On ta raconté des histoires de femmes. N’écoute pas ces histoires, Sylvaine… Je n’aime vraiment qu’une femme… et c’est toi, c’est toi, ma colombe !

Il lui tendait les bras, persuadé qu’elle allait y tomber. Elle demeura immobile, puis dit avec une certaine dureté :

— Albéric, nous sommes cousins, nous ne serons jamais que cousins.

— J’ai deviné. On t’a rendu jalouse, ma petite Sylvaine, mais je te prouverai bien… Va, je n’ai pas peur, j’arriverai à te persuader. C’est Mme Duran peut-être ; mais si tu savais ce que je m’en moque de Mme Duran et, du reste, de toutes les femmes, sauf de toi. Ne me fais pas de chagrin, souris-moi. Je ne vaux pas cher, je le sais ; mais si tu veux mettre ta chère petite main dans la mienne, je ne la lâcherai jamais. Tu feras de moi un autre homme, un homme meilleur. Je crois que tu m’aimes, Sylvaine, et même que tu m’as aimé quand je ne le méritais guère ; mais je te payerai les arriérés… nous serons les gens les plus heureux du monde, si tu veux.

La résistance de Sylvaine, qu’il sentait sincère, excitait son ardeur.

— Cela ne se peut pas, dit-elle.