— Tu en aimes un autre, avoue-le.

Il était devenu tout blême, tant maintenant l’idée lui en paraissait monstrueuse.

— Non.

Il fallut qu’elle protestât.

— Alors, alors, Sylvaine ?

— Mais… je ne t’aime pas, Albéric, comme tu crois… Nous n’avons pas les mêmes idées. C’est inutile, laisse-moi, ne me tourmente pas… J’ai besoin d’être seule.

Elle avait essayé de se lever ; il l’obligea à demeurer ; l’obstacle entre elle et lui lui paraissait insupportable. Depuis longtemps d’instinct il sentait la volonté de Sylvaine toute sienne ; il se rappela ce dimanche matin en hansom, lorsqu’ils étaient revenus ensemble de la messe ; combien il l’avait devinée à lui, soumise de toute son âme à ses moindres désirs ; et maintenant il réalisait avec la même certitude qu’elle s’était reprise, qu’une volonté hostile la raidissait et qu’il n’en aurait pas facilement raison. Il pressentit une influence étrangère, non pas vague, anonyme, mais précise : quelqu’un, un homme ou une femme, un homme, sans doute, pesait sur la volonté de Sylvaine. L’être ardent et sensuel qu’était Albéric s’exaspérait à cette imagination. Il chercha, et brusquement dans sa pensée vint se placer l’image d’Archie Elliot.

— Sylvaine, avoue que tu aimes quelqu’un ? Tu aimes Archie Elliot.

— Moi !

Elle eut, à ce nom, un recul si spontané qu’il ne put douter.