— Oui, Kathleen, oui, le monde soupçonne toujours le mal. La calomnie est une chose effroyable, et on doit quand même en avoir peur. Et cette pauvre enfant est sans protection… Que va penser M. Gardonne ? Il comptait tellement l’emmener avec lui, et je l’y avais encouragé… Vous ne croyez pas possible, Kathleen, qu’elle ait quelque sentiment pour Archie Elliot ?…
— Je suis sûre que non.
— Pourtant, qu’était-il venu faire ici le jour de la mort du pauvre Robert ? Je n’ai jamais compris les motifs de cette visite.
— Puisqu’il n’est pas revenu, ne cherchez pas.
— Si vraiment Sylvaine n’aime pas son cousin, pourquoi alors n’épouserait-elle pas le colonel Blunt ? Il le désire, vous savez.
— C’est peut-être ce qu’il y aurait de plus sensé, quoiqu’elle ne paraisse guère disposée au mariage en ce moment. En tout cas, invitez-la à rester ici ; elle irait à Cannes plus tard avec nous. Elle vous aime beaucoup.
— Et moi, aussi, assurément. Oui, Kathleen, vous avez raison, et si vous le désirez je serai très heureuse de l’emmener avec nous… et même si elle avait le malheur d’être amoureuse d’Archie Elliot, ce ne serait pas sa faute… Pauvre enfant ! On ne peut commander à son cœur.
Et Mme Caulfield soupira douloureusement, faisant un retour sur elle-même.
XXXV
Mme Gascoyne détestait les vents d’est qui règnent en Angleterre au mois de mars et était venue rejoindre à Cannes Mme Caulfield, qui s’y trouvait depuis près de six semaines avec Kathleen et Sylvaine.