— Est-ce que je commanderai le dîner dans une demi-heure ?
— Une demi-heure, parfaitement.
Et elles se trouvèrent seules. Mme Delaroute s’était assise ; elle fit la moue et dit :
— C’est joliment grandiose ici, ma petite.
Sylvaine acquiesça silencieusement. Ses impressions demeuraient superficielles ; il ne lui paraissait pas possible d’être arrivée, et elle regardait autour d’elle presque sans curiosité, angoissée sans définir pourquoi.
— Eh bien, ma petite, continua Mme Delaroute, dépêchons-nous de nous laver les mains pour descendre dîner… C’est bien en face ma chambre ? Que je ne m’égare pas, mon Dieu !… Allons, je suis à vous dans cinq minutes.
Un peu plus tard, comme elles étaient à table dans l’immense salle à manger, entourées et servies par trois hommes, Mme Delaroute, comme opprimée par l’ambiance cérémonieuse, dit tout à coup à Sylvaine :
— Vrai, à me voir ici, je ne puis pas croire que ce matin j’ai bu mon café sur le petit buffet de ma cuisine…
VI
Quand Sylvaine ouvrit les yeux, elle fut d’abord frappée de la qualité particulière de la lumière ; un jour atténué et estompé entrait dans la chambre, au lieu de la limpide clarté à laquelle sa vue était habituée. Ce n’était pas la lourde et familière silhouette de Pauline qui se mouvait par la pièce, mais celle alerte, raide et preste d’une jeune housemaid, qui, avec un peu d’embarras, posa sur un guéridon la première tasse de thé matinal et annonça que le bain était prêt.