— Mme Hurstmonceaux ne descend jamais le matin, je suis toujours seul ; mais maintenant je déjeunerai avec Sylvaine.
Il disait : « Sylvine, » et le nom étrange évidemment l’interloquait un peu.
— Et je ne vous plaindrai pas, reprit Mme Delaroute, à qui la timidité était totalement étrangère.
Elle encourageait Sylvaine à manger.
— Mangez, ma petite, ça vous remontera le moral ; car vous comprenez, monsieur, elle est bouleversée. C’est inévitable.
Les yeux du vieil homme allaient de l’une à l’autre femme avec un intérêt extrême ; il guettait, tant son observation semblait intense, chaque geste de Sylvaine. Elle était si naturellement élégante, si fine, que ce cadre imposant, cette salle à manger aux meubles lourds et magnifiques, regorgeant d’argenterie sur les dessertes, tout s’ajustait à sa personne. Mme Delaroute constata mentalement que jamais Sylvaine ne lui avait paru si jolie ; elle en fut fière et charmée comme d’une chose lui appartenant. Avec son libre sans-gêne, s’adressant au colonel Hurstmonceaux, elle lui dit :
— N’est-ce pas, elle est jolie ?
Puis elle se mit à rire en voyant rougir Sylvaine et même le colonel, choqué comme d’une liberté de cette réflexion à bout portant.
Quand ils eurent terminé leur repas, et celui du colonel fut beaucoup plus long que celui de ses compagnes, il les remercia avec une extrême aménité ; puis, non sans hésitation, demanda à Sylvaine :
— Est-ce que vous êtes libre ? Est-ce que vous avez quelque chose à faire ?