— Je vous aimerai pour ma grand’mère, dit gravement Sylvaine.

L’entretien, mis sur ce ton, était dans l’ordre habituel de ses idées.

— Il faudra être très indulgente, n’est-ce pas, chère ? Indulgente pour tout le monde. Peu de personnes, vous le savez, ressemblent à votre grand’mère ; même votre mère, qui était si charmante, ne lui ressemblait pas… Mais vous, vous n’êtes pas comme votre mère, vous êtes l’image de ma sœur Mary. Tenez, je vais vous montrer un portrait d’elle lorsqu’elle avait votre âge.

— Oh ! oui, mon oncle, je vous en prie.

Pour la première fois elle lui donnait ce nom.

Il entendit, et sous ses sourcils broussailleux ses yeux s’humectèrent. Avec une clef d’or il ouvrit une des grandes boîtes qui se trouvaient sur la table, et de sa main maladroite, après avoir tâtonné un peu, en sortit un portefeuille de soie verte et le plaça devant Sylvaine. Avec vénération elle le déplia. Insérée dans le portefeuille même et encadrée par la soie, était une miniature de jeune fille aux cheveux courts et frisés, d’une nuance plus foncée que ceux de Sylvaine ; le visage était d’une grâce et d’une fraîcheur ravissantes ; la robe, légèrement décolletée, découvrant le cou blanc, se croisait en châle et était serrée un peu haut par une ceinture étroite ; à droite de la poitrine était peinte une pensée très apparente.

Sylvaine regardait, et, penché au-dessus d’elle, le colonel regardait aussi. D’une voix voilée il dit :

— Ma sœur me l’a donné la première fois que je suis parti pour les Indes ; il m’a suivi partout.

— J’ai le vôtre, mon oncle, à la même époque, avec celui de mes grands-parents. Oh ! ma pauvre grand’mère aimait tant ces miniatures !

— Et vous, Sylvaine, vous les garderez ?