— Certainement.
— Eh bien, je vous le permets ainsi ; autrement non, j’abomine les choses lugubres. Ne donnez pas dans les choses lugubres, madame Hurstmonceaux, vous êtes bien trop agréable pour cela. Voyons, voulez-vous faire une partie de bézigue avec moi ? Je crois qu’on joue au baccara là-bas ; mais nous sommes des gens rangés, nous ; nous y jouerons seulement tout à l’heure.
— Je serai enchantée de jouer avec vous à tout ce que vous voudrez.
— Eh bien ! d’abord un bézigue pour quelque chose qui en vaille la peine, afin de ne pas nous endormir.
— Si vous voulez.
— Alors, venez.
Mme Hurstmonceaux se leva. Les salons de lady Longarey étaient petits ; du reste, elle n’habitait pas sa propre maison, mais en louait une chaque année ; sa principale installation était à la campagne ; néanmoins elle s’arrangeait toujours pour avoir un cadre qui lui seyait, et surtout autour d’elle prodiguait les fleurs ; il y en avait partout en abondance extraordinaire, et leur fraîcheur et leur beauté donnaient comme un air de volupté à toute l’ambiance. Lady Longarey en tenait sans cesse dans les mains, et soit en causant, soit en jouant, déchiquetait des roses.
Dans ce milieu, les conversations roulaient invariablement sur deux sujets uniques : les courses et l’amour. On parlait du jeu ouvertement, de l’amour d’une façon plus détournée ; mais pour chacune de ces femmes toute l’existence était une défense désespérée contre l’âge et ses atteintes ; elles ne vivaient que pour être admirées et aimées : l’amour pour elles était la réalité la plus prosaïque et s’incarnait en des hommes du type de Jimmie Mar. Lady Longarey, par tradition familiale, s’occupait aussi de politique, et dans le dernier salon, sorte de petit réduit, moitié serre, moitié boudoir, se réunissaient ceux qui s’y intéressaient. Jimmie Mar rêvait d’entrer un jour au Parlement et se mettait en frais pour les amis politiques de lady Longarey ; elle était Primrose-Dame, et très active dans sa sphère.
Une des ambitions cachées de Mme Hurstmonceaux eût été d’avoir un salon politique, et elle ne comprenait pas pourquoi les hommes qui venaient si volontiers causer chez lady Longarey se montraient si peu disposés à accepter ses invitations. Lady Longarey, en bonne amie qui sait la vie, l’engageait toujours à les récidiver malgré les refus.
— Et, disait-elle, un jour ou l’autre ils viendront.