Et sans rien ajouter elle sortit. Sylvaine, ne sachant si elle devait la suivre ou rester, la vit disparaître avant de s’être décidée. Elle était occupée de son oncle, dont les lèvres étaient agitées d’un mouvement convulsif. Tout d’un coup il lui dit :
— J’ai besoin d’air. Allons un peu dans le square, voulez-vous ?
— Quelle bonne idée, oncle Robert ! Je cours mettre mon chapeau, il ne me faut pas cinq minutes.
Elle revint en moins de temps qu’elle ne l’avait annoncé, et à la grande surprise des valets de pied on entendit le colonel demander la clef de la porte du square ; celle de la maison fut ouverte avec cérémonie pour le laisser passer et le demeura jusqu’à ce que Sylvaine et lui eussent disparu à l’intérieur du jardin.
Ce beau square, absolument délaissé, sauf de quelques jolis enfants en blanc accompagnés de nurses aussi en blanc, était un endroit charmant, plein d’ombre, de fleurs et de pelouses vertes. Les habitants des maisons environnantes, auxquels il appartenait, n’y entraient jamais et se contentaient d’en contempler la verdure. Sylvaine avait été ravie de se découvrir une retraite aussi sûre, aussi bien gardée contre toutes les interruptions ; elle venait lire dans une petite maison rustique où elle conduisit son oncle. Comme elle le voyait très ému, les mains secouées d’un tremblement précipité, elle feignit une gaieté qu’elle ne ressentait pas et pour la première fois fut bavarde avec lui ; il paraissait avoir peine à l’écouter, mais il la regardait avec une intensité extraordinaire et murmurait entre haut et bas : « Tout à fait Mary… tout à fait. » Puis il ajouta avec un peu d’embarras dans la parole :
— Surtout, Sylvaine, ne faites rien qui vous déplaise… ni rien que ma sœur ne voudrait pas…
Puis il baissa la tête et pendant un bon moment demeura silencieux.
Alors Sylvaine sentit monter dans son cœur une vraie tendresse pour le vieillard ; il lui fit une compassion infinie, et d’un geste câlin elle caressa la main sèche aux veines saillantes et que secouait un mouvement convulsif.
— Pauvre oncle !
— Chère fille !