Ils n’en dirent pas plus, mais ils s’étaient compris ; la glace si dure à rompre était enfin brisée.

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Mme Hurstmonceaux, étincelante de diamants, un collier de perles de six rangs au cou, trônait dans sa loge ; il y avait de la Royauté dans la salle, et à cause du ténor aimé l’assemblée était des plus brillantes. Sylvaine, habillée d’une robe de gaze noire, en émergeait tel un beau lis voilé de crêpe ; elle s’était coiffée elle-même, comme de coutume ; une simplicité élégante la différenciait de la plupart des femmes présentes, parées à outrance. Il y avait dans l’arrangement de sa chevelure, dans sa tournure, dans son attitude, la marque de son origine française : elle était autre et elle le sentait.

Le contraste, entre elle et Mme Hurstmonceaux, était frappant, et les lorgnettes convergeaient curieusement vers la loge bien connue. Sylvaine qui, pour la première fois de sa vie, se trouvait le point de mire de tant de regards, éprouvait une émotion intense qui lui faisait battre le cœur et pâlissait sa joue. Il lui semblait que quelque chose allait lui arriver, et lorsque Roméo fit entendre sa voix amoureuse, elle frissonna comme à la révélation d’un monde nouveau.

Vers le milieu du premier acte, lady Longarey arriva : elle était habillée en vert pâle avec une complication d’écharpes de gaze et de fleurs naturelles ; elle avait à son corsage des bouquets trop gros d’une énorme orchidée mauve ; ses frisures d’un blond roux descendaient jusqu’à ses sourcils, couvrant entièrement le front, dissimulant les rides qu’on ne pouvait effacer, et s’élevaient sur sa tête en un véritable casque doré au milieu duquel scintillaient des émeraudes et un papillon de diamants ; des bracelets s’entre-choquaient sur ses bras et les bagues bosselaient ses gants ; elle avait beaucoup de noir aux paupières, l’air amoureux et languissant. Elle entra avec grâce, posa ses mains l’une sur le bras de Mme Hurstmonceaux, l’autre en caresse sur l’épaule de Sylvaine, et s’assit à la droite de la loge, Sylvaine se plaçant entre les deux femmes. Dans le fond, M. Mar, le teint éclatant, les cheveux admirablement peignés et brossés, le linge reluisant, renversa sa tête contre la tenture de la loge, dans l’attitude d’un sultan indulgent.

A l’entr’acte, la porte s’ouvrit pour un visiteur à l’apparition duquel le visage de Mme Hurstmonceaux s’illumina. C’était un grand jeune homme brun, rasé de près, aux traits réguliers, à la bouche forte et voluptueuse. Il avait des yeux bleus garnis de cils sombres. Avec beaucoup d’aisance, il s’avança vers les trois femmes.

Mme Hurstmonceaux s’était retournée tout d’un bloc et lui tendait la main, secouant avec effusion celle qu’il lui donnait :

— Mon cher Archie ! quel plaisir de vous voir !

— Je suis arrivé ce matin.

Lady Longarey, à son tour, accueillit très cordialement le nouveau venu et lui dit :