— Après tout, fit-elle observer à lady Longarey, sa nièce est vraiment la personne qui doit le soigner, mes nerfs ne me le permettraient pas, absolument pas ; c’est fort impressionnant de le voir dans son lit, vous regardant avec des yeux fixes. Sylvaine aime les choses lugubres ; elle le montre bien par sa persistance désagréable à rester en deuil.
Lady Longarey, tout en témoignant une grande sympathie pour les tribulations de Mme Hurstmonceaux, exprima également une vive sollicitude pour Sylvaine.
— Il faut que vous exigiez qu’elle prenne l’air ; ce serait mal de la laisser constamment dans la chambre d’un malade. Je viendrai la prendre pour monter à cheval avec nous ; rien de meilleur que l’équitation pour reposer de la fatigue.
— Oui, certainement, car si elle tombait malade, elle aussi, qu’est-ce que je deviendrais ? Ce serait épouvantable… Je n’ai jamais été malade de ma vie, Dieu merci.
— Et vous ne le serez jamais, vous avez une constitution admirable.
Cette assurance réconfortait Mme Hurstmonceaux, impressionnée, quoi qu’elle fît, par la présence de la garde-malade, le visage compassé de Forster, et la pensée de ce qui se passait derrière cette porte que son cœur battait à franchir, car la maladie est un mystère.
— Il ne faut pas laisser ce cher cœur s’agiter ainsi, lui disait Archie Elliot quand elle lui narrait ses émotions.
Si on ne l’eût emmitouflé pour en éviter le bruit au malade, le heurtoir n’eût pas cessé de retentir, car tous les amis et amies de Mme Hurstmonceaux s’empressaient autour d’elle : Archie Elliot était là presque en permanence, et constamment restait à l’un des repas, le tête-à-tête à table avec Sylvaine évoquant des idées de tristesse que Mme Hurstmonceaux ne pouvait supporter. Aussi sortait-elle tous les soirs, et avait-elle expliqué à Sylvaine qu’il lui fallait absolument remplir ses engagements. Du reste, de sa voix la plus glaciale, le colonel avait murmuré à Sylvaine :
— Dites-lui de ne pas s’occuper de moi.
Une idée, une seule, dominait dans le cerveau du malade : s’en aller quelque part avec Sylvaine, s’affranchir de son esclavage, ne plus s’entendre dire par sa femme les paroles qui l’exaspéraient :