— Avec de l’économie, dit Mme Barrey, on s’arrange toujours.

— Mademoiselle n’aime pas l’économie ; sa maman l’avait accoutumée à la dépense. Ce qu’on gâchait d’argent dans cette maison, c’est pas à croire.

— Ça finit toujours mal, prononça sentencieusement M. Barrey.

— Pour sûr. La pauvre Madame se tourmentait ; bien des fois elle m’a dit le soir quand je lui frottais le dos pour ses rhumatismes : « L’avenir de ma petite-fille m’inquiète, Pauline. » Et moi, je lui répondais de ne pas se tourmenter, qu’elle avait bien des années devant elle et que nous marierions Mademoiselle. Je le croyais, bien sûr.

Et le petit verre de fine étant bu, Mme Pauline, sensible en conséquence, s’essuya les yeux et se moucha bruyamment.

— Pauvre chère femme, dit Mme Barrey. C’était du bon monde.

— Je vous en réponds. Heureusement qu’elle n’a pas senti qu’elle s’en allait ; elle parlait de se lever la veille de sa mort, mais la pauvre Mademoiselle a bien vu ce qui en était, et elle m’a dit comme ça tout de suite : « Pauline, je vais rester seule au monde. »

— Il y a des gens qui n’ont pas de chance, soupira la bonne Mme Barrey. C’est vrai qu’elle est seule au monde, cette chère demoiselle.

— Et si encore elle avait de l’argent ; mais il paraît qu’il y en a très peu, car il a bien fallu partager avec M. Albéric, qui est aussi le petit-fils de pauvre Madame. Vous connaissez bien M. Albéric, madame Barrey ?

— C’est ce jeune homme brun qu’on aperçoit souvent les dimanches.