— Si, cela me fait de la peine ; mais c’est une peine que j’aime…
— Voyez-vous, continua Rakewood d’une voix émue, je ne puis jamais tout à fait croire qu’elle est morte, car c’était la vie même. Je lui disais parfois qu’elle était une nymphe, une dryade, un être de rêve ; elle semblait devoir être immortelle ; aucune femme ne m’a jamais donné cette impression d’allégresse. Ah ! sa gaieté était une chose délicieuse… Son rire, je l’entends souvent… Vous n’êtes pas comme elle, vous êtes grave, vous l’étiez déjà à dix ans… Elle, tout le Midi étincelait dans sa personne. Vous souvenez-vous bien d’elle ?
— Si je m’en souviens ! Moi aussi, je n’ai jamais pu réaliser qu’elle ne vit plus.
— Elle n’a pas été malade ?
— Non… une embolie, un instant…
— Elle ne pouvait pas être malade… Vous avoir vue a réveillé toute la peine de mon vieux cœur… Vous me pardonnez de vous avoir attristée ?
— Je ne me suis pas sentie aussi consolée depuis longtemps. Il me semble tout d’un coup que je suis rue de La Boëtie… Aimeriez-vous à voir son portrait, le dernier ?
— Oui, vous me le montrerez, nous causerons beaucoup… Je viendrai vous prendre, nous irons nous promener ensemble, le voulez-vous ?
— Certainement, si ma tante le permet.
— Elle permettra, soyez-en sûre ; et puis, suivez mon premier conseil : ne lui demandez jamais rien, faites ce qui vous semble bon ; vous ne pouvez avoir de meilleur guide que vous-même. Evitez de prendre l’avis de Mme Hurstmonceaux ou même celui de lady Longarey.