— Vous avez raison. Mais d’abord, dites-moi comment est votre santé.

— Pas merveilleuse. J’ai eu une crise encore au printemps ; je ne suis pas mal maintenant. Je me soigne beaucoup, vous savez.

— Ah ! vous avez joliment raison. Alors, si vous êtes bien, j’ai encore plus d’assurance pour vous dire ce que je désire de vous. Voilà. Je veux que vous preniez sous votre protection votre petite-cousine Sylvaine Charmoy. Comment avez-vous pu la savoir chez les Hurstmonceaux sans aller la voir ?

— Plutôt, comment pouvez-vous supposer que j’aille chez cette horrible femme ? Je l’ai aperçue à la chapelle de Farm Street avec la jeune personne, que j’ai trouvée très distinguée, je dois l’avouer ; mais, une fois qu’elle est chez Mme Hurstmonceaux, je ne puis la connaître.

— Madame Gascoyne, pour une femme de vos principes et de votre expérience, vous avez tort. Que vous ayez tenu rigueur à votre cousin Hurstmonceaux de son mariage, ceci est une autre affaire ; mais que vous refusiez de vous intéresser à une jeune fille orpheline qui est votre parente, uniquement parce qu’elle a le malheur d’être obligée de vivre chez Mme Hurstmonceaux, je ne vous reconnais pas là. Vous m’excusez de vous parler ainsi ?

— Entièrement ; j’aime la sincérité avant tout. Mais enfin, que vouliez-vous que je fisse ?

— Que vous écriviez à votre jeune parente de venir vous voir. Hurstmonceaux eût été enchanté, et sa femme aussi. Vous savez que le pauvre Bobbie est bien malade.

— Je l’ai appris avec peine, et j’ai fait demander des nouvelles… Certainement, s’il désirait me voir en ce moment… Sa conscience ne doit pas être tranquille après la vie qu’il a menée.

— C’est la Providence, à laquelle vous croyez, qui lui a envoyé un être innocent pour le convertir ; mais Mlle Charmoy est timide. Entre nous, cela me fait une peine terrible de voir cette jeune créature dans ce milieu. Comment une personne aussi sérieuse, aussi religieuse que vous, peut-elle être indifférente à cette situation ?

Mme Gascoyne adorait qu’on fît appel à son éminente vertu.