— Je n’y suis pas indifférente, mais je n’y puis rien. Enfin, donnez-moi votre avis.

— Je crois que votre devoir est de connaître au plus tôt cette enfant, de lui accorder ouvertement votre appui, de lui procurer des relations honorables et agréables. Pour le quart d’heure, sa meilleure amie est lady Longarey.

— Quelle abomination !

— C’est mon sentiment ; mais qu’y peut-elle ? Cette petite fille ne connaît rien, elle est étrangère ; elle a vécu avec sa vieille grand’mère dans une retraite qui ressemblait à celle d’un couvent. Elle n’imagine même pas les vilenies qui la frôlent tous les jours. Mme Hurstmonceaux lui paraît vulgaire, mais elle n’en soupçonne pas plus long.

— Je trouve qu’il a été coupable de la part de Bobbie de faire venir sa nièce.

— Non ; il a eu envie que sa femme lui laisse sa fortune, et il ne faut pas fermer la porte à cette éventualité. L’enfant n’avait au fond personne d’aussi proche que lui. Du reste, il est trop accoutumé au milieu où il vit pour le juger comme nous le faisons.

— Quelle dépravation !

— Certainement, je ne suis pas rigoriste, et je n’ai pas le droit de l’être ; mais, en pensant à cette jolie Sylvaine, je n’ai pas dormi de la nuit et je n’ai trouvé de meilleur remède que de venir vous voir. Vous n’ignorez pas, madame Gascoyne, que j’avais espéré épouser sa mère.

— Votre fidélité vous fait honneur, Rakewood. Enfin, si vous croyez que je puisse être utile… je ne me refuse jamais à un devoir, assurément. J’irai aujourd’hui même porter une carte à Mlle Charmoy et une invitation à venir me voir ; mais vous me répondez que Mme Hurstmonceaux n’accourra pas.

— Je me charge de l’en empêcher ; je lui laisserai beaucoup d’espérances pour l’avenir. Cela vous est égal que je lui donne des espérances.