— N’est-ce pas, elle reviendra ?

— Certainement, oncle Robert, si vous ne vous faites point de mal.

— J’aimerais aussi voir Edith ; vous le direz à Edith.

— Je dirai tout ce que vous voudrez.

Il fut apaisé et finit par s’endormir.

Mme Caulfield, la sœur de Mme Gascoyne, ne lui ressemblait en rien ; autant l’aînée avait été prospère, autant avec une beauté égale, sinon plus séduisante, avec la nature la plus douce et la plus aimante, Mme Caulfield avait été maltraitée par la vie : peines de cœur, soucis d’argent, rien ne lui avait été épargné ; elle avait conservé néanmoins toute sa bonté native. Sa sœur la jugeait un peu sévèrement parce qu’il lui arrivait parfois de se plaindre ; elle avait pourtant le nécessaire, et le nécessaire est tout ce qu’il faut aux gens qui ont eu des malheurs : le superflu n’est évidemment indiqué que pour les gens heureux. Mme Gascoyne était certaine que si les circonstances l’eussent exigé, elle s’en serait très bien passé, tandis qu’Edith était faible.

Mme Caulfield habitait une maison microscopique, juste aux confins de la partie fashionable de Belgravia ; cette maison était très coquette, et Mme Gascoyne ne voyait vraiment pas que sa sœur eût gagné à en posséder une plus grande. Mme Caulfield passait la plus grande partie de ses journées sur une chaise longue ; on venait beaucoup la voir, car elle était très populaire. Elle reçut Sylvaine avec une véritable expansion et l’embrassa, ce à quoi Mme Gascoyne n’avait pas songé ; mais la bouche gracieuse et tendre de Mme Caulfield était faite pour les baisers ; son sourire, ses yeux bleus, doux et profonds, pour refléter la joie. Parce qu’elle était orpheline, Sylvaine avait déjà une place dans son cœur ; elle la poussa affectueusement vers Kathleen en disant :

— Je suis sûre que vous vous aimerez beaucoup.

Kathleen imita sa mère, et ses lèvres touchèrent les joues de Sylvaine un peu froidement, il est vrai ; mais, en revanche, sa poignée de main fut aussi cordiale que possible.

Mme Gascoyne s’était assise et se plaignait de la chaleur ; puis, s’adressant à sa sœur, elle dit :