— Que Kathleen l’emmène ; elles feront meilleure connaissance sans nous.
Sylvaine, engagée par Kathleen à la suivre, le fit un peu à regret, la fille l’intimidant beaucoup plus que la mère. Elles descendirent, et Kathleen introduisit Sylvaine dans une toute petite pièce assez mal éclairée, mais qui était son domaine, et avec la plus grande aisance entama l’entretien.
Kathleen Caulfield avait vingt-cinq ans ; elle était grande, brune, le visage gracieux et décidé. Quoique très simple, son ajustement donnait, par son extrême netteté, une impression d’élégance ; elle portait ce jour-là une fraîche robe de batiste rose, serrée par un ruban blanc autour de sa taille exagérément mince ; son pas était assuré, ses gestes un peu secs. Elle fit prendre place à Sylvaine dans un fauteuil bas, se plaça en face d’elle, le menton dans la main, et, après l’avoir regardée, lui dit :
— Je suis sûre que nous deviendrons amies. Qu’est-ce que vous aimez ? Dites-moi vos goûts.
Sylvaine se trouva légèrement embarrassée d’abord, mais essaya de satisfaire la curiosité de Kathleen.
L’autre l’écoutait sans avoir changé de position.
— Je vois ce que c’est. Vous avez eu l’éducation de bouillie qu’on donne en France ; vous n’avez aucun goût particulier, parce que vous ne vous connaissez pas vous-même. Vous devez horriblement vous ennuyer sans un intérêt spécial.
— Je ne m’ennuyais jamais chez ma grand’mère.
— Peut-être ; mais dans vos conditions actuelles, que maman m’a expliquées, il faut vous faire une vie ; si vous voulez sortir quelquefois avec moi, je m’occupe des écoles, je conduis des enfants à la campagne, et puis le soir nous les réunissons et nous les amusons… Je suis sûre que vous devez très bien raconter les histoires… Ces pauvres enfants en sont avides. Oh ! je ne vous mènerai pas dans de jolis quartiers, par exemple ; non, c’est le quartier des voleurs, et même pis.
— Avec qui y allez-vous ?