— Allez, madame Delaroute ; je vous attends sur le balcon, une heure, deux heures, ce qu’il vous plaira.

— Bien entendu vous déjeunez avec nous. Justement nous avons une blanquette.

— J’accepte ; ne vous faites pas trop belle surtout, j’ai le cœur sensible.

Mme Delaroute sortit en riant, et revint un quart d’heure après, habillée d’un peignoir de toile, le visage clair et les mains nettes.

— J’ai vu ma sauce, je suis à vous, mon enfant ; voyons ce qu’il y a.

Et, le visage attentif et sérieux, elle s’assit sur une des chaises de sa petite salle à manger, car de salon elle n’en avait pas, et s’en passait sans peine.

— Ma chère madame Delaroute, dit Albéric en prenant l’air lugubre, j’ai rompu avec Rolande.

— Qui ça, Rolande ? interrogea Mme Delaroute en riant d’un rire contenu qui ressemblait un peu à un gloussement.

— Ma dernière amie, madame Delaroute ; elle me servait de modèle, ainsi c’était un arrangement bien raisonnable. Mais, sur une observation que je lui ai faite au sujet de sa tenue, elle m’a jeté un fromage à la crème à la tête. J’ai senti en le recevant qu’elle ne répondait pas à mon idéal, et je l’ai congédiée… En conséquence, je suis malheureux et je suis accouru vous trouver.

— Vous avez eu cent fois raison. Nous avons précisément un fromage à la crème ce matin, espérons qu’il restera dans nos assiettes.