— C’est joliment chouette ici, déclara Albéric. Maman Delaroute ne nous avait pas trompés. Il paraît que la tante est encore bien plus épatante.
Le visage de Sylvaine se fit grave.
— Oui ; malheureusement, elle est un peu extraordinaire.
— Tu n’as pas l’air charmé. Dame, on savait qu’elle n’est pas fille de roi, mais elle a le fort sac, et c’est ce qui vous donne un chic !
— Parlons de toi, Albéric ; raconte-moi comment tu as eu l’idée de venir à Londres. Pourquoi ne m’as-tu pas avertie ?
— Vois-tu, cousinette, j’ai été embêté ; je n’ai pas besoin de t’expliquer pourquoi, et j’ai senti que rien ne me rendrait ma gaieté comme de te voir. Ne pouvant aller à Auteuil, je suis venu ici. Tiens, je veux te faire danser un peu pour te dégourdir.
Sans écouter les protestations de Sylvaine, Albéric la força de se lever, et à travers le dédale de tables et de fauteuils ébaucha un galop échevelé.
— Colonel Blunt.
La porte s’ouvrait, et l’annonce du visiteur tomba sur les jeunes gens stupéfaits ; ils s’arrêtèrent court. Sur le seuil, l’air amusé, monocle serti dans l’œil gauche, le colonel Blunt les regardait. Sylvaine s’avança toute confuse.
— Je vous dérange, miss Charmoy, mais je suis ravi de vous voir vous animant un peu.