MADELEINE. — Ah ! voilà, dites donc, Novion, regardez un peu par la glace s’il y a du monde dans le salon ?

NOVION. — Oui, mademoiselle, deux dames d’âge causent avec madame votre mère.

MADELEINE. — Très bien. Elle ne pourra pas se déranger. Elle va encore me dire que vous êtes resté trop longtemps.

NOVION. — Faut-il m’en aller ?

MADELEINE. — Pas du tout. Je ne peux pas mettre les gens à la porte. Je dis à maman qu’elle n’a qu’à s’en charger, et comme elle est d’une politesse effrayante, je suis bien tranquille. C’est encore une jolie source d’embêtements que la politesse. Être gracieuse pour tout le monde, jamais de la vie ! Le grand secret d’être heureux, c’est d’avoir carrément des défauts, ils vous font respecter d’abord.

NOVION. — Éclairez-moi, mademoiselle Madeleine ; éclairez-moi.

MADELEINE. — Par exemple, si j’étais une jeune fille modeste, douce et timide, M. de Novion se moquerait de moi derrière mon dos.

NOVION. — Peut-on dire ? moi qui vous idolâtre !

MADELEINE. — Persévérez dans cette voie. Avez-vous de la chance, au moins, de n’être un parti d’aucune façon. Voyez toutes les douceurs que cela vous procure.

NOVION. — Et celles dont cela me prive !