SUZANNE. — Pas de grand’chose. Ce ne sera pas déjà si drôle d’être notre mari.
MADELEINE. — C’est-à-dire que je le plains d’avance, l’infortuné ; mais comme j’aurai la douce certitude qu’il aura épousé ma dot autant que moi, je n’aurai pas de scrupule. Ce ne sera pas comme toi, Étiennette.
ÉTIENNETTE. — Il aura assez de veine de m’avoir épousée. Ce bonheur tout sec devra lui suffire. J’aurai une cour, je t’en réponds. Et ce que je les ferai marcher ! Il y en a un ou deux que j’ai déjà en vue et qui n’ont qu’à bien se tenir. Je rumine mes petites vengeances comme ça le soir avant de m’endormir.
NOVION. — Ne parlez pas de ces choses-là.
ÉTIENNETTE. — Ne le faites donc pas à la pose ! Vous vous moquez bien de moi.
NOVION. — Défendez-moi, mademoiselle Madeleine. Là, voyons, est-ce que je suis poseur ?
MADELEINE. — Ça dépend des jours et de ce que vous espérez.
NOVION. — Mais je n’espère rien. Je suis l’âme la plus désintéressée.
MADELEINE. — Si vous étiez désintéressé, vous seriez bête, et vous ne l’êtes pas. Nous nous marierons un jour, n’est-ce pas, mon cher Novion ?
SUZANNE. — Et Novion est notre flirt établi. Je vous trouve bien gentil. Mais je vous avertis que ça ne sera pas encore pour vous que je divorcerai.