NOVION. — Vous pensez à ces choses-là, mademoiselle Suzanne ?
SUZANNE. — Et pourquoi pas ? C’est une situation comme une autre et ce sera très porté d’ici une dizaine d’années. Je sens que j’ai en moi l’étoffe d’une délicieuse petite divorcée.
NOVION. — Vous savez, je ne vous crois pas du tout. Vous voulez faire de l’épate.
SUZANNE. — Pour qui, pour vous ? vous vous trompez rudement : je dis ce que je pense.
MADELEINE. — Avons-nous assez de chance d’être venues au bon moment ; ce que j’en connais de ménages qui ont envie de divorcer, et qui n’osent pas ; nous, si cela nous dit, nous oserons — voilà tout.
NOVION. — Voilà tout : vous allez bien, mesdemoiselles.
SUZANNE. — Il nous faudrait respecter vos vertus peut-être ; mais nous vous voyons, quand je dis vous, c’est de l’espèce que je parle, au Bois, aux Courses, à l’Hippique, nous savons qui vous fréquentez, et il faudrait se morfondre pour ces mignons-là, s’écraser le cœur comme faisaient nos bonnes bêtes de grand’mères. Zut ! on vous donne ce que vous méritez ; nous pensons à nous-mêmes aujourd’hui, c’est fini, ni ni la mode de filer la laine pendant que Monsieur se promène ; ah ! si mon mari m’agace, il ne la mènera pas large ; s’il est gentil, eh bien, je serai gentille. Ainsi, voilà ma théorie, et vous savez, ce n’est pas un secret, les romanciers peuvent bien m’appeler petit monstre ; pour ce que ça me gêne !
NOVION. — Mademoiselle, je vous signale l’arrivée de madame votre mère.
SUZANNE. — Tiens, c’est vrai : voilà maman avec d’Étampes, on veut me le faire trouver charmant, ça viendra peut-être… (Entrée des mères et de M. d’Étampes ; la maîtresse de la maison, doucement et bas à sa fille :) M. de Novion !
MADELEINE, haut. — Il est temps de filer, Novion, vous inquiétez les autorités. (Mouvements divers.)