MADELEINE. — Meissonier, quoi ! Je l’appelle comme cela à cause de sa barbe. Les trouvez-vous bien fagotées, les femmes à Carolus ?

ÉTIENNETTE. — Ça manque de flou.

MADELEINE. — C’est moi qui en ai du flou sur mon portrait ; je lui ai dit : « Vous savez, mon peintre, je veux être habillée à ma mode ; mes inventions épouvantent maman, et puis elle finit par les trouver ravissantes. »

SUZANNE. — « O gran bonta dei cavalieri autichi! » comme dit ma maîtresse d’italien. Quand on pense que nos mères n’avaient pas voix à la question pour s’habiller ! Il faut avouer qu’elles étaient rudement bonnes tout de même.

ÉTIENNETTE. — Pauvres mères ! elles ne savent pas prendre la vie ! Maman n’a pas de philosophie pour deux sols. Elle pleure tous les jours à l’idée que je suis la petite-fille d’un duc et que je n’ai pas de dot.

MADELEINE. — Les inquiétudes sur l’avenir, ça les amuse de s’en faire. Maman, elle, a toujours peur que je ne tombe sur un monsieur qui me rende malheureuse. J’ai beau lui répéter : « Il n’y a pas de danger, ma petite mère. Pas si bête que de permettre à un monsieur que j’aurai été vingt ans sans envisager d’influencer sur ma félicité. » Maman me dit : « Tu peux, avec ta fortune, épouser quelqu’un que tu aimes. » En voilà une fière idée ! Semer de la graine à chagrin, jamais de la vie ! je veux en me mariant, faire une bonne affaire, un placement solide, et je ne me marierai que comme cela. L’amour, c’est un plat sucré. Le goût change, je n’aime jamais deux ans de suite les mêmes choses. Je veux que mon mari m’apporte assez d’avantages pour que sa personne soit un hors-d’œuvre. Oh ! je ferai un ménage charmant, car je ne m’occuperai jamais de ce qui pourrait m’embêter, et je ne permettrai pas qu’on m’embête. Oh ! ça non, c’est passé de mode, ces machines-là.

SUZANNE. — Je suis joliment de ton avis. Tiens, voilà un tableau qui me donne envie de prendre un bain de mer. J’ai un costume blanc, et ce que ça a désolé les autorités !

MADELEINE. — Pourquoi donc est-ce qu’on cacherait comment on est faite ? Autant être difforme alors.

ÉTIENNETTE. — Moi, je décollète mes robes en cachette.

SUZANNE. — Tu fais bien, ce n’est plus à nous la faire gober que les hommes aiment la modestie et la simplicité. On peut voir où elles sont, les modestes et les simples.