NOVION. — Mais, mademoiselle Suzanne, il y a encore de bons ménages, je vous assure ; ainsi, moi, je suis décidé à être un époux modèle.

SUZANNE. — J’attends de le voir pour le croire, et, même si ça arrive, vous n’aurez pas de chic du tout ; on vous laissera dans votre coin, vous et votre femme ; le résultat de mes petites observations est que tous les hommes, surtout ceux qui ont des femmes très bien, révèrent celles qui ne le sont pas, et que toutes les femmes les envient. La vertu ça fait toujours un peu pitié.

NOVION. — Quel âge avez-vous, mademoiselle Suzanne ?

SUZANNE. — Toujours le même, vingt ans aux cerises.

NOVION. — Et vos amies pensent comme vous ?

SUZANNE. — A peu près !

NOVION. — Ça nous promet un avenir charmant.

SUZANNE. — Et pourquoi nous en soucierions-nous de votre avenir, c’est le nôtre qui nous intéresse ; vous vous arrangerez comme vous pourrez, vous autres, et ce que ça nous sera indifférent ! Vous savez, il est rasant ce bal.

NOVION. — Vous n’êtes pas gentille pour moi.

SUZANNE. — Pauvre chou ! il fallait m’avertir, je vous aurais apporté une poupée.