Et la pauvre Lolo tire un fin mouchoir de sa poche et, relevant avec peine son voile bien tendu, se met à s’essuyer les yeux.

— Allons, ne sois pas sotte, ne pleure pas, c’est simple comme bonjour, fais ce que tu veux, et ne t’occupe pas de ton mari.

— C’est facile à dire !

— C’est très facile à faire, je t’assure ; regarde-moi, je suis là en tête-à-tête avec Monteux ; mais comme ça nous arrive à toutes sortes d’heures, sans que jamais je me gêne ; que ces petits tête-à-tête amoureux je les ai avec d’autres encore, personne ne songe à parler ; c’est accepté parce que je l’ai voulu ; j’ai déclaré une fois pour toutes à Armand que je n’entendais pas être assommée, il a compris et c’est fini.

— Mais je n’oserai pas, moi !

— Ah ! ma pauvre bonne, si tu en es à ne pas oser, qu’est-ce que tu veux que je te dise ; voyons, là, de quoi as-tu peur ?

Madame Baugé, qui était une excellente petite personne imbue des meilleures idées, n’avait pas cependant l’habitude de beaucoup raisonner ; elle agissait la plupart du temps par suite d’une impulsion reçue, et ses craintes ne prenaient pas aisément une forme précise, elle savait seulement qu’il y avait dans la vie une foule de choses qui l’effrayaient.

— Voyons, est-ce ton mari que tu crains ?

— Oui, un peu.

— C’est une drôle d’idée de craindre Baugé ! Est-ce qu’il a parlé de te battre ; tu peux bien l’avouer devant Monteux.