— C’est ce que je désire.
— Alors, demandez-le-lui, mais je doute qu’elle accepte.
— Oui, j’en doute beaucoup, car elle a peur de l’enfer, ajouta Monteux.
— Mais puisque nous irons nous y promener avec Didier, dit madame de Juvisy, elle s’y habituera.
— Eh bien, madame, répliqua Monteux, que tout le monde soit ici demain soir et nous y prendrons les suprêmes résolutions.
Armand de Vaubonne et M. de Juvisy furent avisés des projets en formation ; Vaubonne en resta d’abord un peu troublé, mais sa confiance en Roseline l’emporta.
— Tu raconteras à ta famille que c’est un cours de danse, lui dit-elle pour lever la dernière objection, et que nous apprenons la pavane ; du reste, tu seras admis si tu veux.
Et il s’était contenté de cette promesse ; quant à M. de Juvisy, c’était un beau type d’indifférence conjugale, et la façon dont sa femme passait son temps lui était souverainement égale. Baugé avait eu quelque peine à persuader Lolo qu’il ne s’agissait pas d’une plaisanterie et qu’il la verrait avec plaisir se joindre aux autres ; peu à peu, il était arrivé à la convaincre que l’idée avait du bon, et elle se trouva au rendez-vous.
Jamais le petit salon de Roseline n’avait été plus clos, plus riant, plus parfumé ; tout rempli d’orchidées perverses, de violettes et de narcisses embaumés ; c’était un lieu de délices ; elle-même, habillée d’une robe blanche magnifique, sa tête fine émergeant d’une fraise à la Clouet, semblait une femme du XVIe siècle. Monteux était à sa place avec Curiace à son côté. Madame de Juvisy, en velours changeant, allant du rouge au vert, avait l’air d’une fleur des tropiques ; l’élégantissime Paule d’Haspre, avec la taille sous les seins et une robe de crêpe jaune, représentait le dernier cri de la mode à venir ; et Lolo, en mauve et blanc, était délicieusement correcte et de bon goût ; aucune n’avait dépassé la vingt-cinquième année, et Monteux les contempla avec un ineffable contentement. La parole lui fut donnée :