— Chères amies et amis, nous allons prendre congé de l’année qui part, et recevoir celle qui vient, et qui est tout à nous. Je propose que chacune de nous accepte, en guise de bonne confraternité et d’enseigne, comme cela s’appelait autrefois, ainsi que le Divin me l’apprend, une médaille portant une devise ; cette devise deviendra sienne. Le Divin qui les a choisies va vous les offrir.

A ce gentil discours il se fit un mouvement. Lolo, qui prêtait une oreille un peu étonnée aux propos du jeune Didier, se leva la première et vint trouver Roseline ; Didier la suivit de près, et sans mystère lui prenant le bas de sa robe, il le baisa, déclarant son intention de la servir ; Baugé qui était resté à l’écart avec madame Manassé ne broncha pas, et eut même un mouvement d’orgueil satisfait à la vue de cet hommage public rendu à sa femme. Roseline sourit, serra la main de sa cousine, et la fit asseoir sur le même divan qu’elle ; ils s’étaient groupés autour de Paule, toujours magnifiquement belle dans sa pose de courtisane vénitienne. — Moi, dit-elle, je veux une devise qui me permette de faire souffrir beaucoup les hommes.

Et elle sourit divinement en montrant ses petites dents blanches.

— Vous l’aurez, madame, dit Monteux, et nous souffrirons le plus joyeusement du monde.

— Ah ! tant mieux ! je me suis tant ennuyée l’année qui va finir.

— Vous, incomparable, vous vous êtes ennuyée ? demanda Didier.

— Sans doute, car imaginez-vous que tout m’est égal ; — et si vous saviez comme c’est monotone.

— Mais, dit Monteux, et votre beauté, et vos toilettes ?

— Ah oui, mais tout de même, allez, ce n’est pas encore ce que je rêve.

— Et que rêvez-vous donc ?