— Imaginez-vous, madame, dit-elle à madame Baugé d’une voix un peu traînante, qu’on me force à marcher tous les jours ; telle que vous me voyez, j’ai déjà été au Bois ce matin.
— Cela vous a fait une mine ravissante, madame, répond madame Baugé avec toute la dignité que donne le sentiment d’avoir apporté en dot d’importants immeubles rue Bonaparte et rue de l’Université ; vous dites qu’on vous force, mais qui donc ? monsieur votre mari ?
— Mon mari ! ah ! grand Dieu ! madame, il se mêle bien de choses pareilles. D’abord, je ne lui permettrais pas. Non, madame, ce sont nos amis Monteux et Didier ; ils ont sur l’hygiène les idées les plus extraordinaires ; n’est-ce pas, Lolo ?
— Mais non, dit Lolo, elles ne sont pas extraordinaires, elles sont raisonnables.
— Peut-être ! Enfin, pour leur faire plaisir, je marche, ils m’assurent que cela me conservera jolie, et c’est la seule chose au monde que je souhaite.
— C’est une fort agréable chose que la beauté, dit sentencieusement madame Baugé.
— N’est-ce pas, madame, que Lolo est très embellie depuis que nous l’avons fait sortir de sa coquille ? Didier et Monteux me le répétaient tout à l’heure.
— Ma belle-fille a très bon visage, en effet, c’est à mon avis le devoir d’une femme que de se faire valoir, ne serait-ce que pour plaire à son mari.
— Ah ! madame, ne parlez pas de plaire à son mari ! dit Paule, rejetant d’un mouvement gracieux son long manteau et apparaissant fine, mince et souple dans une robe de velours vert bronze, garnie de vieilles guipures et de fourrures ; l’infortunée Lolo n’a que trop plu à son mari, il faut espérer que cette histoire-là est finie, vous ne voulez pas qu’elle prétende à la prime offerte aux familles de sept enfants ?
Madame Baugé, en matière de réponse, n’ose pas aller plus loin qu’un petit rire approbateur.