— Avouez, madame, continue Paule, que vous êtes de mon avis, et que vous en avez assez d’être grand’mère ; voilà encore une position qui doit être assommante.

— Quand vous aurez des enfants, madame…

— Je n’en aurai jamais, madame, j’espère ; mon mari est dans les mêmes idées que moi, nous nous suffisons grandement.

— Je comprends cela, madame.

— C’est-à-dire que je me suffis à moi-même, et que je m’occupe très peu des sentiments particuliers de M. d’Haspre ; nous avons trouvé le moyen de vivre bien ensemble ; c’est de nous voir avec beaucoup de discrétion ; je fais ce que je veux, il fait ce qui lui convient, termine Paule avec une sérénité satisfaite, comme déroulant le tableau d’un bonheur parfait.

— Les mœurs ont changé depuis trente ans, dit madame Baugé avec une certaine amertume.

— Ah ! cela ne fait pas de doute ; de votre temps, madame, les pauvres femmes qui fumaient une cigarette croyaient accomplir un acte d’indépendance tapageuse ! Vous avez dû bien vous ennuyer, pauvre madame, vous et toutes nos mères !

— Il est certain que nous étions tenues…

— Ils avaient de la chance, vos maris, d’être pris au sérieux à ce point, il faut croire qu’ils avaient un philtre, un secret pour se faire obéir.

— Quand on les épousait, ils plaisaient, explique timidement madame Baugé, et ensuite l’habitude…