— Oui, madame, cela dépend du caractère, l’éducation assurément n’y est pour rien, puisque des personnes qui en ont fort peu reçu ont trouvé toutes ces choses il y a longtemps ; car, n’est-ce pas, beaucoup d’hommes ont ménagé et craint leur maîtresse, rarement leur femme ? et c’est bien fait, puisque le plaisir des légitimes a toujours été de se laisser écraser et dominer ; moi, — dégantant sa main gauche et contemplant ses doigts en fuseaux couverts de bagues, — on ne me domine pas. Lolo, est-ce que je vous ai montré ma nouvelle turquoise ? C’est pour l’amour, selon les conseils de Didier. A propos de lui, quand vient-il vous chercher pour donner vos ordres ?
Et, se tournant vers madame Baugé :
— Vous savez, n’est-ce pas, madame, à quelles hautes fonctions Lolo est promue ?
— Elle m’en parlait quand vous êtes entrée, madame, et je lui disais que la chose me paraît fort innocente.
— Mais je crois bien ! Du reste, si Lolo a peur, j’irai avec elle.
— Vous voyez, Charlotte, dit madame Baugé, comme cela est simple : votre amie est prête à vous accompagner.
— Parfaitement ; ainsi, Lolo, si un tête-à-tête avec Didier vous effarouchait aucunement, vous voilà rassurée.
— Ah ! madame, que je regrette de ne plus être jeune !
Et madame Baugé, sur cet aveu parti du tréfonds de son cœur, se lève et prend congé.
— Ne vous dérangez pas, madame, je vous en prie ; vous êtes délicieuse où vous êtes.