— Vous nous disiez que nous étions vos péchés, Divin, reprend Roseline.
— Oui, madame, et c’est votre prix à mes yeux, et c’est pourquoi vous devriez avoir vos maris pour très précieux.
— Écoutons le Divin sur l’affection conjugale, dit Paule d’Haspre ; c’est le cas de me la prêcher, car j’en suis absolument dépourvue. Je trouve un mari l’objet le plus incommode et le plus ennuyeux.
— Que vous vous trompez, madame ; vous devez tout l’agrément de votre vie, et vous avouerez qu’elle est infiniment agréable, à monsieur votre mari ; grâce à lui vous luttez, vous affirmez votre volonté ; vous désirez, et peut-être vous aimerez…
— Comment, grâce à lui ?
— Assurément, la pensée de lui déplaire et de vous affranchir de son contrôle n’est pas sans vous être douce ; vous ne prendriez pas la moitié du plaisir que vous avez à notre réunion ici, si votre voyage n’avait pas été l’objet d’une vive résistance ; croyez-moi, ne songez pas à vous affranchir de votre mari ; et c’est à lui, très assurément, qu’un de vos serviteurs devra peut-être un jour de n’être pas haï ; les seules époques où il a valu vraiment la peine de vivre ont été celles des grandes contraintes extérieures, des craintes sérieuses du feu éternel ; pour moi, si en écrivant mes vers, je me sentais sous la terreur de l’inquisition, je ferais des chefs-d’œuvre.
— Mais, Divin, répond Lolo, vous m’avez dit de si belles choses sur l’indulgence et ses charmes !…
— Et je les maintiens, madame. Lemaître vous a, dans le mari qui pardonne, montré l’homme le plus heureux du monde ; pensez combien cette femme qui l’a trompé, et il peut avouer le savoir, lui sera intéressante et chère ; la voilà soudain devenue l’énigme, le sphynx ; et le sphynx est ce que l’homme aime le plus au monde. C’est le secret de l’empire qu’exercent les âmes perverses ; on ne les connaît jamais ; rappelez-vous donc que la tentation initiale a été la connaissance de la science du bien et du mal.
— Ah ! Divin, dit Roseline, ne parlons pas de cette affaire-là, car l’homme y joue un bien vilain rôle.
— D’accord, madame ; il s’est montré dès le commencement du monde un animal très inférieur, mais le tentateur et la femme, combien intéressants ! Soyez assurée que la femme ne lui en a pas voulu du tout, tandis que madame d’Haspre me tiendra peut-être rancune de mes sages conseils, car confessez que tous mes conseils sont toujours merveilleusement sages.