— Nous le reconnaissons, dit madame Manassé avec grâce, et en présentant à la cigarette de Monteux l’allumette qu’il cherche en vain ; une fois que le Divin fume, on sait qu’il ne parle plus, et il s’abîme dans un grand fauteuil, momentanément aussi impassible que le chat Curiace.

— Comme c’est amusant de parler de péché ! dit madame de Juvisy au comte d’Aveline ; je regrette seulement que monsieur de Juvisy ne soit pas resté là ; j’aurais aimé entendre ses théories.

— Ah ! madame, soupire d’Aveline, ce n’est pas parler du péché qui m’aurait contenté auprès de vous si j’avais vingt ans de moins.

— Ne me dites pas cela, cher ami, c’est trop ordinaire, Monteux a dix fois raison : l’agréable est de se sentir au bord du précipice, d’en avoir l’attirance et de n’y pas tomber ; tenez, je vais aller chanter un duo d’amour avec Balti, qui me regarde là-bas.

Elle se lève, et d’Aveline la suit des yeux en soupirant ; il n’a pas avec ces jeunes femmes le placement de ses jolis madrigaux embaumés, et il en est tout triste. Didier et madame Baugé sont assis dans un angle et causent à voix basse ; il n’y a que madame Manassé qui le comprenne un peu ; elle l’appelle d’un geste gracieux et lui laisse prendre et baiser sa main, comme le premier accord est frappé par Luce, et que la voix prenante de Balti s’élève dans une plainte caressante.

Quand ils ont fini, Roseline rompt le silence qui succède pour demander à mi-voix à Monteux :

— Est-ce du péché, cela, Divin ?

— Oui, madame, et du très raffiné ; aussi voyez, comme madame de Juvisy est belle. Au tour de madame d’Haspre, maintenant.

Et se tournant vers la belle Paule :

— Voulez-vous danser mon sonnet, madame ?