— Si vous le désirez tous, reprend madame d’Haspre avec une délicieuse indifférence.

Et elle quitte sa place et sort.

En un moment, sur l’ordre de madame Manassé, les fauteuils sont écartés ; un tapis blanc est étendu à terre, Albert Manassé, affairé et rouge de satisfaction, fait élargir le cercle, se place dans une embrasure de fenêtre et attend.

Madame de Juvisy s’est remise au piano, et joue un accompagnement très doux ; le Divin, de sa belle voix chantante, commence la récitation d’une strophe, et madame d’Haspre reparaît. Elle est habillée d’une tunique flottante de gaze verte parsemée de fleurs de lotus d’argent ; ses cheveux sont dénoués et couronnés de pampre, ses pieds nus sont chaussés de sandales, dans sa main fine, elle tient un magnolia fleuri, énigmatique et triste, elle s’avance avec un balancement rythmé de son corps souple…

Tout à tour, la musique et la voix du Divin se reprennent, tandis que la jeune femme, avec des grâces passionnées, danse et mime le poème ; ils la regardent tous avec une sorte de fascination attendrie. Albert Manassé écarquille ses yeux ronds ; il voudrait, pour tout au monde, que madame d’Haspre eût besoin d’un service… puis, quand elle s’arrête, et reprend sa mine dédaigneuse, il use de son privilège de maître de la maison pour se précipiter et offrir ses compliments chaleureux, et elle lui répond très tranquillement.

— Oui, je sais que je suis belle… et je trouverais une offense que vous ne soyez pas amoureux de moi.

— Et nous le sommes, madame, dit le Divin…

....... .......... ...

— Eh bien, dit Roseline à son mari lorsqu’il se retrouvent seuls, c’est plus agréable ici que chez ton père, voilà comme je comprends la campagne, moi.

— Mais, chère amie… vraiment Monteux avec ses théories sur le péché ?…