— Va avertir ta maîtresse, va, te dis-je! a-t-il commandé avec autorité.

Et, comme Irène ne voulait pas qu'on insistât :

— Quelle idée! Elle serait désolée… Elle ne soupçonne pas ta visite, voilà tout.

Au bout de quelques minutes la réponse est venue : on nous recevait.

Je n'avais jamais pénétré dans la chambre de la Riva : on nous y a menés à travers l'immense salon auquel elle attient. — C'est une pièce énorme aussi, toute peinte à fresque, avec un plafond voûté ; devant les hautes fenêtres tombaient des stores de soie blanche, et les lourds rideaux cramoisis se croisaient très bas. On aurait dit la chambre d'une reine. Le lit, tout de soie rouge sur des pieds dorés très larges, a un baldaquin triomphant. En face, entre les fenêtres, un immense canapé, rouge aussi, et deux ou trois grands meubles, raides et lourds contre le mur.

Sur un lit de repos ancien, la Riva, drapée d'une longue robe de satin blanc, était étendue ; devant un fauteuil, le jeune prince Aurèle se tenait debout. Même immobile, il a je ne sais quoi d'insolent dans la mine ; on ne peut cependant être plus gracieux et plus courtoisement aristocratique. Son teint était un peu coloré, ses yeux brillaient ; il dissimulait mal une vive contrariété. La Riva nous a tendu les bras, et a forcé Irène à l'embrasser :

— Que vous êtes bonne! Je suis si misérable depuis deux jours… une migraine horrible… Mon jeune voisin me faisait la lecture… vous le connaissez tous, n'est-ce pas?

Le prince Aurèle s'est incliné et s'est effacé pour permettre à Maurice de s'approcher de la Riva : — elle avait enfoncé sa tête dans le large coussin de soie blanche qui lui servait d'appui, et, ainsi affaissée, dans la splendeur de cette chambre sévère, elle paraissait vraiment belle. Elle a allumé une cigarette et s'est mise à fumer, avec des gestes gracieux. Le petit prince, silencieux et farouche, avait pris place sur un tabouret au pied du lit de repos, tout contre, et fumait, lui aussi, sans regarder personne ; la Riva causait avec Irène, avec moi, et de temps en temps disait quelques mots à Maurice que, même devant Irène, elle a coutume de traiter comme sa chose ; elle se plaignait de sa santé, puis de son mari en termes couverts : c'est son habitude d'essayer toujours de lui donner des torts mystérieux. Irène répondait avec une ironie dont la Riva n'avait pas conscience ; elle n'a aucune perception du caractère d'Irène, elle la croit une enfant un peu sauvage, et jamais elle ne s'en inquiète sérieusement. L'entretien se traînait péniblement, quand Maurice finit par demander Gino :

— Est-ce que nous ne le verrons pas?

— Il n'est pas là aujourd'hui, je le regrette.