— Claudia, j'aime cette maison ; j'aime l'air qu'on respire ici, je n'en connais point au monde qui me plaise autant… Ma Claudia, que de joies tu m'auras données!

Et j'ai senti que tu étais avide de mes baisers et de mes caresses, et que la crainte de les perdre pour un temps mettait une tristesse dans ton cœur, et une soif sur tes lèvres. Mon bien-aimé, je veux que, sur la route que tu suivras, alors même qu'elle sera belle, tu retournes parfois la tête.

LVI

Que j'ai pleuré de douces larmes! J'étais seule, et dans mes mains je tenais cette image de toi que j'aime tant ; je la baisais avec la tendresse désespérée qui par intervalles, et malgré mes efforts, me fait un cœur près d'éclater. Je ne croyais point te revoir avant la fin du jour, quand ton pas a frappé mon oreille, et dans le même instant tes bras chéris m'ont enveloppée, et sur mes cheveux, sur mes yeux, sur ma bouche, tes chauds baisers ont couru ; puis tu as pris ma tête entre tes mains, — j'avais appuyé les miennes légèrement sur tes épaules, — et tu me regardais, et moi je souriais à travers mes pleurs, j'avais envie de te crier :

— Ne m'aime point ainsi, ou fais que je meure tout à l'heure.

Tu me répétais avec emportement :

— Oui, je t'aime, ma Claudia ; pourquoi verses-tu des larmes lorsque je ne suis pas là?

Tu t'es assis, et tu m'as fait me blottir tout proche. Tu me tenais appuyée contre ton épaule, et lorsque je voulais me soulever un peu pour chercher ton visage, d'un mouvement ferme et doux tu m'en empêchais ; tu avais détourné la tête, et, comme obsédé par une pensée que tu me cachais, tu me serrais si fort qu'à peine je pouvais respirer. Tout à coup, d'un geste impétueux, tu m'as prise contre ton cœur que je sentais battre, et tu m'as dit d'une voix que je n'oublierai jamais :

— Pleure, ma Claudia, pleure, mais je t'aime…

LVII