Il se pencha vers elle, incertain.
— Sur la vie de Sabine, l'as-tu jamais vu seul?
— Jamais ; sauf le jour de l'accident.
— Ah! il sera toujours entre nous.
— Non, non, ne dis pas cela. Tiens, en ce moment, je l'ai tellement oublié qu'il me semble que je ne le reconnaîtrais pas. Oh! Raymond, relève-moi ; appuie-moi sur ton cœur! pense à ce que ma pauvre mère voulait souffrir pour me garder ce cœur!
Il l'enleva et la serra sur sa poitrine :
— Je te crois, je te crois ; je ne peux pas ne pas te croire…
....... .......... ...
CHAPITRE XXIX
Depuis la violente émotion qui avait traversé sa vie, Mme d'Épone ne pouvait plus entendre un coup de sonnette sans sursauter. Toujours il lui semblait qu'un inconnu douloureux allait entrer par la porte, et à tout instant son visage pâlissait, surtout depuis qu'il était question de l'arrivée de ses enfants, son agitation avait augmenté. La seule pensée de revoir Raymond lui était devenue insupportable ; elle se demandait, maintenant, comment elle avait pu demeurer sous le même toit que lui, après cette honte. La mort même ne pourrait la délivrer, car elle se tairait, même dans la mort, afin que jamais un soupçon n'effleurât Berthe. Elle l'aimait plus que jamais, cette enfant unique de ses entrailles, pour laquelle elle immolait ce qui lui était le plus précieux ; elle y pensait sans cesse, avec cette obsession particulière qui nous fait tourner la tête, dans l'attente imaginaire d'une présence désirée.