— Oh! la mienne est immense. Allons, Monsieur de Mottelon…
Dans le silence qui tombait sur la maison à ces chaudes heures du jour, dans la lumière douce de cette vaste pièce remplie de plantes, de parfums, de fleurs, la mère et la fille restées seules pouvaient rêver en paix. Mme d'Épone venait soudain d'apercevoir deux choses : et l'abîme vers lequel, inconsciemment, sa fille s'engageait, et le moyen peut-être de l'empêcher d'y marcher. Furtivement, elle la regardait, pendant que, d'un geste un peu fiévreux, elle faisait voler son crochet et tirait à elle les grosses pelotes de laine, comme elle ressemblait à son père! Mme d'Épone revoyait devant ses yeux ce visage passionné et charmant qu'elle avait adoré. Ainsi au repos et sans contrainte, Mme de Rollo se sentait libre sous les yeux de sa mère et, à mille lieues de penser que celle-ci pût lire dans son cœur, il y avait dans l'attitude, dans l'expression de tout le visage de Berthe, quelque chose de passionné et de voluptueux ; par instants, sa poitrine se soulevait, et comme un léger frémissement lui passait sur le visage ; les yeux avaient une sorte de langueur triste que Mme d'Épone ne leur avait jamais vue. Elle aurait voulu rompre le charme de cette rêverie et elle n'osait pas ; elle sentait qu'il se passait une lutte dans la profondeur de l'âme de sa fille. Quoi! déjà elle en était là!
Tout à coup, du premier étage qui dominait le hall, par une large galerie qui en faisait le tour, partit un léger cri qui fit lever la tête de Berthe : « Maman, maman, répétait une petite voix ; » et Chonchon, retenue par sa bonne, parut appuyée aux barreaux de la galerie, s'y pressant comme un petit oiseau qui veut s'échapper de sa cage. Le visage de la jeune femme changea d'expression en une seconde : « Chonchon, » répondit-elle en chantant le nom.
Et se levant :
— Je suis d'une paresse affreuse ; j'ai des lettres à écrire avant l'arrivée des Fontanieu, et je suis sûre qu'Annette est dans la détresse au sujet de la coiffure de Rébecca. A tout à l'heure, chère maman.
Elle l'embrassa, et, redevenue joyeuse, elle s'élança dans l'escalier pour être reçue au sommet par Chonchon, qui l'attendait, et de ses petits bras lui enlaçait les jupes.
— Mon trésor, et elle l'enleva et la suspendit à son cou.
CHAPITRE IX
A quatre heures moins quelques minutes, le break des Fontanieu tourna la grille : Mme de Rollo les vit arriver du premier étage et descendit avec Sabine pour les recevoir. Elle était sur le perron quand la voiture s'arrêta ; la marquise sauta lestement la première, suivie de son mari et de ses petits garçons.
— Je vous en amène deux, ma chère ; mais on va les confier tout de suite à Fraulein.