Le pauvre Rollo, désappointé, la crut cependant sur parole, et, plein de tendresse, de sollicitude, il accabla sa femme d'attentions silencieuses ; en se levant de table, après déjeuner, il lui passa son bras sous le sien, lui caressant la main avec douceur. Jamais il n'avait plus senti combien sa femme lui était chère et précieuse ; il brûlait d'envie de le lui dire ; mais il craignait de désobéir à sa belle-mère. Il essaya de l'amuser comme on divertirait une enfant, parlant de leur prochaine fête ; elle entra dans tous ses projets avec un intérêt apparent, et lorsque, avec une grâce aimable à laquelle il ne vit rien de forcé, elle lui offrit son café, il la regarda avec admiration.

— Tu as très bonne mine, ce matin, et tu seras tout à fait jolie pour le dîner de dimanche.

— Quel dîner?

— Chez les Legay, car nous acceptons, n'est-ce pas? Mme de Canillac m'a dit qu'on comptait absolument sur nous.

— Tu l'as donc vue?

— Oui, ce matin ; je suis allé les rassurer ; ils t'aiment beaucoup.

— Quelle drôle d'idée!

Le pauvre Raymond n'eut pas la moindre divination du tort qu'il venait de se faire. La pensée « il coquette bien avec une autre » avait changé soudain les dispositions de Berthe. Elle s'était levée si fermement décidée à tout ignorer, sauf son mari, et elle n'avait pu se défendre de lui savoir gré de l'affection profonde qu'il montrait si clairement ; cependant, elle s'accrocha avec plaisir à l'idée de lui trouver un tort, si léger qu'il fût, assez perspicace cependant pour comprendre qu'il serait ridicule de montrer de la jalousie, n'en ayant pas en réalité, mais cherchant à en avoir. Comme il vit que le sujet de Mme de Canillac ne paraissait pas lui plaire, il annonça, pour faire diversion, la visite des Mottelon.

Elle devint toute pâle ; sa mère, qui s'en aperçut, dit aussitôt :

— Je suis persuadée que nous ferons plaisir à M. de Mottelon en ne l'accablant pas de notre reconnaissance ; à votre place, Raymond, je ne lui dirais rien ou un mot à vous deux ; ces sortes de compliments sont bien embarrassants à recevoir en public.