— C'est étonnant! Et qui a eu l'idée de cette fête? Ce n'est pas dans la tradition Rollo.
— Ah! non ; c'est M. de Mottelon et sa sœur.
— Ah! M. de Mottelon! Ah vraiment!
Et on discutait Vincent, ses mérites et ses prétentions possibles, avec des demi-mots pleins de réticences ; puis, cela fait, on souriait délicieusement de loin au bon Rollo, ému d'un plaisir naïf à la vue de tout ce monde et tout plein de contentement et de bienveillance.
Mme Legay, rouge de joie, racontait à ses voisines que ses trois filles avaient un rôle ; Legay, intimidé et silencieux, suivait les autres, se faisant encore plus humble que chez lui.
Mme d'Épone s'était enfin assise ; les domestiques enlevaient les lampes ; la représentation commençait.
Elle fut un triomphe, et il fallut relever deux fois la toile sur chaque tableau. Rollo, absolument splendide en émir, eut un succès marqué parmi la partie féminine de l'auditoire ; même Fontanieu, en nègre, fut trouvé très beau ; le tableau de Rébecca à la fontaine fut déclaré admirable ; on ne reconnaissait pas d'abord Mottelon, tant il s'était fait une tête caractéristique ; en artiste, au contraire, on le retrouvait parfaitement ; Mme de Canillac avait eu un moment de bonheur lorsqu'il avait drapé avec une peluche rouge le socle qui la dissimulait ; il avait encadré ses épaules avec soin en lui disant qu'il était très content de son chef-d'œuvre. Enfin, l'apparition de Cérès fut une véritable apothéose ; Berthe était vraiment superbe dans sa robe de déesse ; tout le monde descendu de l'estrade, et Mottelon resté seul pour la fixer dans son attitude, il murmura sans qu'aucun des muscles de son visage bougeât :
— Ah! que je vous aime!
Et il sauta à terre pour faire mouvoir lui-même le rideau.