«BOARD SCHOOLS»
Du Police Court à une des écoles Board schools du East end, ce n'est en réalité que la distance des parents aux enfants, celle que je vais voir est en majeure partie fréquentée par les enfants de parents appartenant à la classe criminelle. Cette école est à la fois le spectacle le plus consolant et le plus inquiétant; il y a de telles anomalies dans ce mélange d'instruction donnée à grands frais et cette misère à l'état aiguë chez ceux qui la reçoivent, que l'esprit cherche en vain une solution; mais le labeur accompli est admirable. Et pour quels enfants? les plus misérables, les plus abandonnés qui se rencontrent dans une grande ville, des enfants dont l'état d'esprit est révélé tout entier par cette réponse de l'un d'eux. On interrogeait une petite classe mixte sur leur idée de Dieu:
—Comment se figuraient-ils Dieu?
D'abord personne ne souffla mot, enfin une voix rompit le silence et dit:
—Il (Dieu) porte toujours des habits parfaits.
Voilà ce que cette pauvre cervelle d'enfant avait pu concevoir de plus merveilleux, de plus éloigné de la réalité des choses. Je ne sais pas de réponse plus poignante.
Beaucoup de ces malheureux enfants arrivent en classe sans avoir mangé, beaucoup ont travaillé deux, trois heures auparavant, et jamais personne ne se plaint, et cette résignation, à cet âge, est le phénomène le plus douloureux à constater. Mais s'ils sont comme apathiques en face de la souffrance, ils ne le sont pas devant l'intérêt; le maître (head master) me fait parcourir les classes, toutes les têtes se lèvent vers lui, et à la vue d'une personne étrangère les visages se réveillent. «Allons, mes garçons, saluez, enfants.» Le mot lad en anglais est autrement expressif, tous répondent à son appel, les mains se lèvent pour un salut, les cahiers se tendent pour être examinés. Il y a là des visages émaciés qui font mal à voir; le maître, de temps en temps, pose sa main sur une tête d'enfant, et de sa voix joyeuse comme un appel de clairon: «Vous avez mal à la tête?—Oui.—Souvent?—Oui.» Quelques-uns ont toujours mal à la tête, tous ou presque tous sont laids d'une laideur terne et triste, et cependant il y a encore une classe d'enfants au-dessous de ceux-là, ce sont les outcasts, proprement dit les rejetés, vrais vagabonds de la rue qui ne sont à personne, on les tient dans une classe à part, et avec ceux-là les résultats sont presque négatifs, quoique quelques-uns aient des visages d'une finesse sournoise. Tout est tenté cependant, l'effort primordial qui dépend du zèle et de l'intelligence du maître, est d'amener les enfants à fréquenter régulièrement l'école; ce sont les parents qui les en détournent; un gamin a manqué la classe depuis quinze jours: quand le maître paraît, l'enfant descend aussitôt de son gradin pour lui remettre, écrite sur un mauvais papier, l'excuse de sa mère: «N'avait pas de souliers.—Ce n'est pas vrai,» dit le maître, et d'une interrogation à une affirmation il force le gamin à avouer qu'il a menti, puis se contente de dire: «Je n'essayerai pas de nettoyer un garçon aussi sale», et ce dédain est senti.
Une des méthodes employées pour agir sur les enfants et dont on obtient des résultats surprenants consiste à les mener à l'école de natation; là se développent chez eux l'émulation et l'admiration, deux sentiments inconnus, et qu'il s'agit de créer en eux, car tout est à faire. La plupart lorsqu'ils arrivent d'abord, savent à peine parler, c'est-à-dire qu'ils connaissent cent ou cent vingt mots au plus, et la maîtresse en chef, qui dirige la partie de l'école, où sont réunis filles et garçons de sept à dix ans, nous explique les efforts inouïs qui sont nécessaires pour les débrouiller; et cependant les enfants sont pleins de bonne volonté, incroyablement patients, tous en général sont généreux: n'est-ce pas sublime? Alors qu'une distribution de quelques douceurs leur est faite, il n'y en a pas un qui ne réserve la part de la mère ou du baby; ils sont aussi infiniment sensibles à la confiance, et un privilège très envié consiste à recevoir une lettre à mettre à la poste; quand on songe d'où sortent ces enfants, on reste stupéfait qu'ils aient au cœur de pareils instincts.
On ne peut imaginer la tristesse de certains petits visages qui disent clairement leur histoire de longues privations, et cela parmi ceux qui sont décemment vêtus dans leur pauvreté, car on sent le désir de faire paraître les enfants; beaucoup entre les petites filles ont leurs cheveux soignés, un grand nombre ont des papillottes: cette passion de l'ornement et du clinquant qui est si forte chez l'Anglais se découvre même parmi ces pauvres enfants à qui on donne le pain de l'esprit, pendant que celui du corps leur manque si souvent; cependant, quand vient l'hiver, lady Jeune et d'autres dames charitables organisent des dîners afin de remplir un peu ces bouches affamées; mais l'air d'extrême délicatesse est frappant, et l'on sent combien de ces enfants sont destinés à la phtisie. Au milieu de tout cela ils aiment leur travail, et les petites filles surtout sont étonnamment consciencieuses, et charmées, à l'occasion, de montrer leurs petits talents; une classe qui est à la couture nous récite tout d'une voix une poésie, et le fait bien, avec des modulations justes; elles y mettent leur amour-propre, comme à conserver propre leur tricot dont elles ont le plus grand soin. L'enseignement dans toutes les branches est excellent, rien n'est négligé, et je traverse une pièce où une vingtaine d'enfants sont occupés à faire des mouvements de gymnastique, mais qu'ils doivent être las!