— Mère, je crois que M. d’Estanger est malheureux. Ne le crois-tu pas ?

— Si, mon enfant, si.

— Il ne faut pas que nous l’abandonnions, mère.

— Mais qui y songe ?

— Si, maman, tu y as songé, à cause de madame Lesquen. Pourquoi veux-tu sacrifier notre ami à cette femme sans cœur… c’est mal, maman.

Madame Varèze essaya de sourire. Elle entoura sa fille de ses bras, et comme Odette était la plus grande, ce fut elle qui dans cette étreinte eut l’air de protéger sa mère ; dans sa timide tendresse, madame Varèze éprouvait un soulagement à être sûre qu’Odette n’avait aucun soupçon ; elle admira, comme elle admirait tout en sa fille, ce caractère chevaleresque, si militant dans sa fidélité.

Le temps d’aller de la rue du Général-Foy à la rue d’Aumale sembla long. Enfin Désiré reparut avec la réponse.

« J’ai été très souffrant, chère madame et amie, mais je suis mieux et irai bientôt, j’espère, me réconforter à votre amitié. Ne m’oubliez pas auprès de Pallas-Athênê.

« Affectueux dévouements.

« A. D’ESTANGER. »

Madame Varèze passa silencieusement le billet à Odette qui lut avec attention : la dernière ligne la fit sourire. Elle dit d’une voix allégée :

— Tu as bien fait d’envoyer prendre des nouvelles, maman.