— Dépêche-toi, ma fille, ce pauvre petit ne veut pas s’endormir sans toi.
— Je viens, répondit Marguerite.
Elle entra d’abord dans sa chambre, fit jouer l’électricité, puis s’arrêta court au milieu de la pièce, ne songeant plus à se dévêtir : tout à coup cette chambre venait de lui paraître étrangère ; elle éprouvait comme une stupéfaction de s’y trouver.
— Mais décidément, qu’est-ce que tu as ? demanda son mari qui l’avait suivie.
Et d’une main affectueuse et sûre il enleva les longues épingles du chapeau, puis le chapeau lui-même, et enfin donna à sa femme un amoureux baiser. Elle frissonna et ses paupières battirent.
— Presse-toi un peu, ma chérie, il est sept heures passées, tante Louise s’impatiente, et Tonton est un peu agité de ne pas voir sa petite mère.
— Mon Dieu ! est-ce qu’il est malade ?
— Pas du tout, pas du tout ; seulement un peu exigeant, comme c’est son droit. Va le bercer cinq minutes et il dormira.
— J’y vais, dit-elle machinalement.
Il éteignit l’électricité ; puis, pendant qu’elle allait vers leur fils, il rentra dans son cabinet de travail, dont il laissa la porte ouverte, et reprit le livre qu’il avait posé au coup de timbre. Un quart d’heure après, Marguerite reparaissait suivie de sa mère ; les deux femmes discutaient à voix basse.