— Est-ce qu’il dort, le gros ? demanda le père.
— Oui, et très bien, dit la grand’mère.
— Alors, nous allons dîner.
Quand ils furent assis tous les trois à table, le visage angoissé de la jeune femme se détendit un peu ; en face d’elle, pour la rassurer, était son mari, son vrai mari, pas l’autre, pas le fantôme, pas celui qui l’avait fait tant souffrir, mais celui au contraire qui l’avait aimée jeune fille, jeune femme, heureuse et triste… et l’avait prise sous sa tendre protection pour lui rendre la vie clémente.
En ce moment même, le cœur plein à étouffer, elle aurait voulu lui dire sa rencontre de l’après-midi ; et peut-être s’ils eussent été seuls n’aurait-elle pu résister à cette impulsion dont elle comprimait avec peine la violence.
Soudain, au milieu du dîner où elle s’était tenue silencieuse, mais calme en apparence, elle éclata en sanglots convulsifs, secouée de spasmes nerveux. Sans une exclamation, son mari alla vers elle, l’enleva de sa chaise, et, la soutenant, la conduisit jusqu’au canapé de son cabinet.
Madame Mustel suivait :
— Qu’est-ce qui lui arrive ? grand Dieu !
— Allons, ma tante, éloignez-vous un peu, ne vous agitez pas, laissez-moi la soigner. Elle a mal aux nerfs, elle aura éprouvé quelque émotion.
— Nous sommes le 17, je n’y pensais plus ; c’est l’anniversaire de notre petite Yvonne.