La venue de madame Varèze lui avait été une joie ; mais, dès qu’il l’eut vue près de lui, dès qu’il eut goûté le charme consolateur de sa voix, de sa présence, le désir de revoir Marguerite devint intolérable dans son ardeur ; toutes les autres considérations avaient disparu pour lui. Il fallait que Marguerite vînt ; il lui semblait qu’elle lui apporterait la vie ; à l’idée de la retrouver, son cœur se mettait à battre si violemment qu’il croyait défaillir.

Elle viendrait, quelque chose le lui disait ; demain ou après, bientôt elle paraîtrait, il entendrait sa voix, il la verrait, leurs regards se rencontreraient.

Il ne pensait ni à madame Varèze, ni à personne ; un égoïsme triomphant l’envahissait. Sûrement Marguerite aurait pitié de lui, sûrement elle lui reviendrait, et il se réjouissait de souffrir pour l’y forcer. Ce qu’il en adviendrait pour Marguerite, il ne se le demandait pas ; il la voulait à tout prix, et c’était tout.

Il s’agitait d’avance, plein d’impatience, ressentant des joies d’amant qui attend sa bien-aimée ; son œil devenait inquiet pour examiner les choses autour de lui, et il donna l’ordre que le lendemain on se procurât des roses et des muguets. Il se souvint soudain de la passion de Marguerite pour cette fleur délicate : elle en aimait la forme légère, la blancheur, le parfum. Pénétré de cette idée, il répétait avec l’insistance des malades :

— Surtout, des muguets.

Le valet de chambre, Justin, s’offrit pour aller en chercher tout de suite.

— Si cela peut être agréable à monsieur, c’est l’affaire d’une demi-heure. Maria (c’était sa femme et elle couchait dans la maison depuis la maladie de d’Estanger) est ici justement ; elle pourrait aller chez la fleuriste.

— Oui, qu’elle y aille, cela me fera plaisir.

Puis il revint sur ses recommandations et dit qu’il se sentait mieux.

— Cependant monsieur fera sagement de se coucher de bonne heure ; la visite de madame Varèze l’a un peu fatigué.