— Jamais de la vie ! D’abord, maman dîne en ville. Je n’ai pas besoin d’elle, j’ai besoin qu’on me laisse tranquille.
— Et puis tu as Maxime, dit-il avec un grand effort sur lui-même. Allons, je file ; on sera bien fâché à Versailles.
Elle ne répondit pas. Il passa un instant dans son cabinet de toilette, puis alla dans la chambre de l’enfant : il le prit dans ses bras et, le portant à Marguerite, il le lui mit sur les genoux en disant :
— Je vous laisse l’un à l’autre.
Et il les embrassa tous les deux.
— Au revoir, dit Marguerite.
— Voir, papa ! cria le petit.
Lui parti, elle berça un instant son fils sur son cœur, le caressa, lui parla gaiement, lui annonçant que maman allait lui donner sa soupe, ce qui fit trépigner d’aise le jeune homme ; et jusqu’au moment où, rassasié et heureux, Maxime ferma ses beaux yeux pour dormir, elle ne réfléchit à rien, ayant arrêté ses pensées, suspendu momentanément l’angoisse qui lui déchirait le cœur.
La nourrice avait dîné de bonne heure en prévision de l’absence de ses maîtres. La femme de chambre devait passer la soirée dehors, et l’annonce du changement de projet l’avait d’abord consternée ; heureusement que Marguerite, en lui disant qu’elle ne sortait pas, s’était empressée d’ajouter :
— Mais je n’aurai pas besoin de vous, Lucie ; du reste, la nourrice est là ; vous et Julien êtes libres comme c’était convenu.