— Madame déjeunera bien tout à l’heure ?
— Moi, déjeuner !
Il fallait donc songer au déjeuner ! L’idée qu’on l’attendait, l’idée de son mari lui revint comme un coup de foudre ; elle eut un léger frémissement, mais aucune hésitation. Nulle puissance humaine ne lui ferait quitter Albert ; cependant elle comprit qu’il fallait avertir, éviter d’inutiles angoisses. Elle écrivit les quelques mots à sa mère et donna l’ordre de les faire porter immédiatement ; en même temps elle annonça à Justin qu’elle déjeunerait.
Elle était décidée à garder toutes ses forces ; puis, même à cette heure suprême, l’illusion d’avoir retrouvé la vie en commun, de partager le toit et la table d’Albert, l’emplissait d’une consolation profonde.
XXXIV
Toutes les supplications de madame Mustel avaient échoué, Marguerite avait formulé sa décision inébranlable : sa mère inutilement l’avait conjurée de penser à son mari, à son fils…
— Je pense à moi-même et à lui ; personne n’a le droit de me prendre mon fils, je me défendrai…
Madame Mustel avait été atterrée de l’état d’esprit que révélaient de telles paroles. Elle avait offert de passer elle-même la nuit auprès d’Albert… que sa fille consentît seulement à retourner chez elle, au moins quelques heures, pour les domestiques…
Marguerite, impatientée, s’était détournée :
— J’ai cédé trop souvent à ces misérables considérations. Albert a été mon mari ; pour moi et devant Dieu il l’est toujours. Ma place est auprès de lui.