— Pas trop d’agitation, dit-il avec fermeté.
Pendant le long trajet de la rue de Prony au Père-Lachaise, Marguerite laissa sa main dans celle de son mari ; elle ne parla pas, et lui s’accommodait toujours du silence, l’esprit plein de ses préoccupations, et du reste taciturne dans toutes ses émotions.
Aux heures de clarté, par une journée d’automne, il s’exhale, de la grande cité des morts, un infini apaisement. Le mari et la femme allaient du même pas égal : elle, dans une tristesse assoupie ; lui grave selon son habitude. Au détour d’une petite allée la tombe blanche apparut : appuyé sur une croix un ange pleurait… Ils avancèrent plus lentement, et enfin en face du nom d’« Yvonne » la mère tomba à genoux, les yeux dilatés, le cœur battant à l’étouffer… Sur la tombe en quantité gisaient des roses blanches : moisson déjà fanée, mais exhalant encore un doux parfum.
— Ma pauvre chérie, ma pauvre chérie ! s’écria Roger, pourquoi ne m’as-tu pas dit que tu étais venue ?
Elle ne répondit pas.
— Ne me cache jamais rien ! Marguerite, ouvre ton cœur à ton mari. Je comprends l’état où tu étais hier soir. Pauvre, pauvre petite !…
Doucement il coucha, d’un mouvement plein de respect, les fleurs qu’il avait apportées au pied de la pierre tombale. Il se releva et attendit. Longtemps Marguerite regarda la pierre cachée sous les fleurs, celles apportées par le père… et les siennes… Elle les touchait du doigt avec un mouvement de caresse, comme si elles eussent été une relique de l’enfant et de lui… Les deux visages, celui d’Yvonne et celui d’Albert, se confondaient… Ils étaient là tous les deux, tous les deux comme autrefois… Ces deux visages qui lui avaient paru l’univers, ils n’existaient plus pour elle… Oh ! Dieu ! pourquoi ? pourquoi ? Elle les avait tant aimés !
Le regard attentif de Roger vit le corps de Marguerite fléchir d’angoisse. Sans un mot, fermement et tendrement, il la fit se relever et affermit son bras tremblant sous le sien.
— Viens, ma chérie, dit-il.
Et d’une voix plus tendre :