L’autre, rouge pour avoir marché vite avec un gros enfant dans les bras, s’excusa : elle avait oublié sa montre, etc., « et puis c’est ce monsieur qui joue avec les enfants et qui amusait le petit. »

— Le monsieur ? Quel monsieur ? demanda Marguerite impérativement.

Et soudain une idée traversant son esprit elle devint pourpre.

— Ne te bouleverse pas ainsi, ma chérie, je t’en conjure… supplia son mari. De qui parlez-vous, nourrice ?

— C’est un monsieur, très bien, en deuil, le pauvre !… Et comme ça il regarde les petits jouer, et il m’a demandé l’âge de celui-ci. J’ai pensé qu’il en a perdu un comme ça peut-être.

— C’est possible, mais ne parlez pas à des personnes que vous ne connaissez pas. Madame et moi ne le voulons pas.

— Monsieur peut bien comprendre qu’on sait ce que c’est que quelqu’un de bien. Je ne lui ai pas parlé à ce monsieur ; c’est lui.

Et toujours ronchonnant, la nourrice sortit.

Comme Marguerite continuait de déjeuner en silence, ne témoignant que par le mouvement saccadé de sa fourchette son trouble intérieur, son mari entreprit de la raisonner :

— Il ne faut pas, ma chérie, que tu donnes de l’importance à ce petit incident. Je comprends ta contrariété, mais ces choses-là arrivent tous les jours et n’ont pas d’importance. Ce que dit la nourrice est probablement la vérité : c’est sans doute un père qui a perdu un enfant de l’âge du nôtre.